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Histoire des femmes de Meyrin : retour sur un éditathon

L’histoire des femmes locales est souvent effacée ou invisibilisée. Si on veut pouvoir en ajouter quelques traces sur Wikipédia en français, il faut pouvoir disposer de sources fiables. Malgré ces difficultés, nous avons décidé de plancher sur l’histoire des femmes Meyrinoises le 22 octobre 2022 à la bibliothèque FORUM Meyrin.

Cet éditathon a été rendu possible grâce à l’intérêt d’Esther Um, conseillère municipale de la commune de Meyrin et membre du comité des sans pagEs, et à la coopération de François Beuret, archiviste de la commune de Meyrin, qui nous a donné accès au fonds d’archive concernant le Groupe Femme Meyrin.

Nous sommes heureuses de vous annoncer également la tenue de wikipermanences hebdomadaires les mardis soirs à la bibliothèque de 17h à 20 h ! Celles-ci démarreront le 15 novembre 2022 !

Centre Culturel FORUM Meyrin,
Hyruspex, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Après un défrichage qui a duré un mois, la micro-histoire de ce groupe Femmes-Meyrin, groupe féministe protestant affilié à ses débuts au mouvement français Jeunes Femmes a livré bien des pistes concernant la commune de Meyrin, de façon surprenante. Les femmes ont en effet marqué de leurs activités toute l’architecture de Meyrin, en profondeur.

Le CERN et la Première cité satellite de Suisse

Vue aérienne du CERN, Brücke-Osteuropa, CC0, via Wikimedia Commons

Dans les archives on a trouvé des preuves d’actions concrètes des femmes meyrinoises pour influer sur la politiques des infrastructures de la ville. La situation était la suivante : le 29 septembre 1954 débute la construction du CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) à Meyrin, qui provoque un afflux de population cosmopolite dans la région. De 3 000 habitants la commune passe rapidement à 19 000 dans les années 1960. Meyrin doit s’adapter et inaugure la première cité satellite de la Suisse (1959) Avec les premiers immeubles contemporains apparaissent bientôt un centre commercial (1963), un centre sportif avec une patinoire extérieure (1978), un hôpital (1976) et un centre culturel (1995).

Maison d’accouchement et maternité

Hôpital de La Tour à Meyrin, construit en 1976 ,
CC-BY-SA 4.0 par Patbateman84

Le groupe Femme Meyrin, très impliqué sur la question des droits des femmes s’accoquine avec les Cernoises pour demander la construction d’une maternité qui ne les oblige pas à aller accoucher à la clinique Bois Gentil à l’autre bout du canton de Genève : la commune se dote de l’Hôpital privé de la Tour en 1976. Au fait, où accouchaient les femmes avant la clinique privée de Latour ? De 1920 à 1946, les femmes disposaient à Cointrin d’une maison d’accouchement «Le Rosaire» qui était géré par une sage-femme, Faustine Nebbia (1894-1981).

Le Rosaire, maison d’accouchement entre 1920 et 1946
Archives de la Commune de Meyrin 2013

Revendications des femmes : une piscine

Le centre sportif s’ouvre d’abord avec une patinoire en 1979, et le projet est formé d’accueillir une deuxième patinoire pour l’entraînement de Denise Billman (celle qui donna son nom à une célèbre figure de patinage artistique exécutée aux Jeux Olympiques de 1980), mais les femmes débarquent au conseil municipal et exigent une piscine d’été, afin que les personnes qui n’ont pas les moyens de partir en vacances puissent trouver un exutoire sportif à leur désœuvrement estival. Marceline Amar, fille de paysans, se déclare même prête à creuser la piscine avec un tractopelle s’il le faut. Paf, ce sera une piscine, exit la gloire du patinage suisse.

Des lieux de la vie paysanne d’antan qui subsistent

On trouve aussi trace dans le fonds d’archives de photos anciennes de la fontaine Bournoud, lieu de lessive traditionnel pour les femmes.

Hyruspex, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Une commune pionnière avec l’élection de Renée Pellet

Meyrin est aussi exemplaire parce que la commune abrite la première femme en Suisse à candidater et être élue à un exécutif après l’obtention du droit de vote au niveau cantonal des femmes en Suisse : il s’agit de Renée Pellet, tombée dans l’oubli depuis, sauf dans sa commune d’origine.

La suite pour les projets Wikimedia, c’est qu’il reste beaucoup de choses à faire sur cette commune. La plupart des bâtiments historiques n’y ont pas été photographiés (écoles, centre commercial, Maison Vaudagne). De nombreuses œuvres d’art de femmes se trouvent dans l’espace public, qui n’ont point été photographiées. Le centre sportif : niet, et l’article sur hôpital de la Tour ne mentionne pas le rôle des femmes dans la décision de sa construction (sans doute la faute à quelque communicant désireux de faire la publicité de cette institution privée rachetée par un groupe américain).

Bref, nous on veut continuer à creuser cette histoire ! Un court article sur le groupe femme de Meyrin mentionne que ces dames sont parties créer l’association féministe F-Information (qui n’a point de page Wikipédia), une visite à la bibliothèque Filigrane nous permet de recueillir un document sur les 40 ans de l’association dans lequel l’implication des meyrinoises est mentionnée, et aussi celle de Marceline Amar.

Un hasard (ou un coup de chapeau ?) fait que F-Information a fêté TOUS ses anniversaires tous les dix ans au centre forum Meyrin, bâti en XXXX et abrite un théâtre, des archives et une bibliothèque, ainsi qu’un restaurant.

Durant l’éditathon, nous avons aussi l’occasion de traduire des articles de physiciennes qui ont travaillé au CERN, Au fait saviez vous que cette région lémanique compte le plus gros pourcentage de Nobels au mètre carré grâce au CERN ?

En attendant voilà la liste des articles imprégnés de ces pérégrinations. Nous avons cherché les traces de ces histoires dans les archives du Temps et du Journal de Genève, dans le journal de la commune et nous comptons bien glaner encore quelques perles dans les comptes rendus du conseil municipal.

Un livre historique sur la commune nous livre quelques lignes sur la fontaine Bournoud, qui existe encore et reste à photographier.

Enfin, autre trouvaille, l’exploratrice, journaliste et écrivaine suisse Isabelle Eberhardt, qui a désormais un mur entier à sa mémoire à Genève sur la maison où elle est née, a vécu avec sa mère et son beau-père quelque part entre Meyrin et Vernier dans une villa appelée Villa Neuve et un étang creusé par son beau père y subsiste encore. Toute cette partie de son enfance est retracée dans le livre d’Edmonde Roux Un désir d’Orient.

Photo de la Villa Neuve où vécut Isabelle Eberhardt, à la Bibliothèque de Genève

La grande histoire des protons a ainsi le temps de cet évènement croisé celle de celles qui sont sans passé, dont l’empreinte géographique urbaine reste pourtant toujours visible dans l’architecture de cette ville moderne. Bref pour la semaine du 8 mars un safari photo s’impose pour que Meyrin se pare d’images sous licence libre !

Liste des articles

Articles créés : Alessandra Buonanno, Ursula Bassler, Madeleine Bernasconi, Madeleine Lamouille, Fabienne Bugnon, Wikidata : Groupe Femmes-Meyrin.

Articles améliorés : Meyrin, Mouvement Jeunes Femmes, Liste des premières femmes par fonction ou titre, Institut Max-Planck de physique gravitationnelle, Lee Ya-Ching, Chaïm Nissim, Hospice Général, Marc Bonnant, Prix Thibaud, Anaïs Prosaïc, Lina Lazaar , Hend Sabri, Université centrale (Tunis), Rabia Ben Abdallah, Isabelle Eberhardt, place du mouvement des femmes dans l’histoire meyrinoise.

Association LSP, les sans pagEs

Les sans pagEs se professionnalisent et se développent

Les sans pagEs combattent les inégalités de genre sur Wikipédia et les autres projets Wikimédia depuis maintenant six ans.

Après plus de 11 000 articles créés, des centaines de milliers d’améliorations, des milliers d’heures de sensibilisation aux enjeux de genre et de représentation, l’association remplit pleinement son rôle mais le besoin est encore immense.

C’est pourquoi lors de son assemblée générale d’août 2022, les sans pagEs ont décidé d’amplifier leurs actions, de grandir et de poursuivre leur démarche de professionnalisation.

Concrètement, cela se traduit par l’arrivée de quatre nouvelles membres au Comité de l’association, maintenant constitué de sept personnes basées dans cinq pays et trois continents. 

Autre changement, l’association se dote d’une nouvelle présidente : Anne-Laure Michel (wikimédienne depuis 2012 et membre des sans pagEs depuis 2018).

Enfin, l’association a décidé l’embauche de Natacha Rault, fondatrice et ancienne présidente des sans pagEs, comme salariée à compter du 1er septembre 2022.

Son rôle sera de continuer et d’amplifier la dynamique du projet, de structurer le mouvement, et de continuer à former et sensibiliser !

Félicitations à Natacha, à Anne-Laure et aux autres nouvelles membres du comité !

Nous tenons à remercier Wikimédia France et Wikimedia CH pour leurs soutiens respectifs, qui permettent de passer cette nouvelle étape dans la vie de notre association. 

Pour toute question, n’hésitez pas à contacter Natacha et les membres du Comité.