Photo de Hannah Meul en 2018 aux jeux olympiques d'été par par Martin Rulsch CC BY CA 4.0 Wikimedia Commons
Femmes, Femmes et sport, LGBTIQ, Wikipedia

Wiki Loves Sport 2025

Sukkoria contribue sur Wikipédia en français (entre autres !) depuis neuf ans, et nous parle aujourd’hui de ses activités de l’été.

Comme l’an dernier, j’ai profité du concours Wiki Loves Sport pour rédiger de nouvelles biographies pour Wikipédia en français. Wiki Loves Sport est un événement international, initialement lancé par Camelia Boban et WikiDonne (de la Wikipédia en italien) en 2019.

Logo de Wiki Loves Sport représentant un globe en puzzle avec des silhouettes de personnes et un trophée dans un cœur.


L’an dernier, je m’étais donné comme thématique l’escalade et ses pratiquants, notamment en handisport, avec 17 biographies rédigées en un mois. Cette année, sans aucune tentative délibérée de dépasser ce chiffre, j’en ai créé 15 et retravaillé 5 supplémentaires dans le cadre du Wikiconcours, organisé en septembre sur la Wikipédia francophone. Je vous les présente ?

Dans une première partie de l’événement, j’ai rédigé de nouveaux articles sur plusieurs sportives, avec toujours des grimpeuses ou alpinistes, dont la pionnière pakistanaise Naila Kiani et les compétitrices allemande Hannah Meul et sud-africaine Lauren Mukheibir. J’ai profité de l’occasion pour traduire de l’anglais et enrichir l’article sur Denise Mueller-Korenek, une cycliste américaine très, très rapide au sujet de laquelle j’avais commencé à me renseigner il y a quelques mois.

Un autre groupe d’articles est constitué par les navigatrices de toutes les époques, depuis Frances Rivett-Carnac, première olympienne et championne olympique de voile, en… 1908 (dans un équipage mixte), jusqu’à Francesca Clapcich, actuellement engagée sur la Transat Café l’Or en passant par Rosalin Kuiper, Giulia Conti et Pauline Courtois, multiple championne du monde ;  mention spéciale pour Betsy Alison, navigatrice américaine qui s’est distinguée en compétition chez les valides avant d’entraîner des équipes de voile handisport, d’être elle-même confrontée à des problèmes de santé… puis de devenir championne du monde en handivoile !

Toujours dans un thème aquatique, les nageuses de longue distance Sally Bauer, Yvetta Hlaváčová ainsi que les plongeuses Jana Lisa Rother, Simone Leathead et Naïs Gillet ont aussi rejoint Wikipédia en français.

Pour finir et avec le début du WikiConcours « version désébeauchage » sur la Wikipédia francophone en septembre, auquel j’ai participé avec l’équipe 20 constituée avec deux autres membres du portail LGBT, j’ai réorienté mes efforts vers l’amélioration de biographies de sportifs LGBT+. Dans le lot, un homme, le patineur américain Adam Rippon, et plusieurs athlètes de sports collectifs différents : la footballeuse allemande Nadine Angerer, la hockeyeuse canadienne Charline Labonté et la joueuse néerlandaise de water-polo Laura Aarts. Et, en bonus, une heptathlète, Sabine Braun.

Certains de ces articles étaient assez représentatifs des articles « minimaux » consacrés à des sportifs, qui peuvent être créés à la chaîne à l’issue d’une compétition à partir des podiums. Cependant, ils peuvent être lacunaires sur des aspects plus qualitatifs, comme le parcours de ces athlètes jusqu’à la médaille ou leurs engagements extra-sportifs, par exemple en faveur de la protection de l’environnement ou contre les discriminations. De plus, comme il s’agit de biographies de personnes pour la plupart encore vivantes, il est essentiel qu’elles soient correctement sourcées afin de ne pas nuire à leurs sujets ou à leur entourage.
Ce sourçage est loin d’être une tâche ingrate, je la trouve au contraire très enrichissante, c’est une bonne opportunité de creuser certains sports que je connais moins, et de trouver de nouveaux sujets d’articles pour les prochains événements de contribution !

(Les images illustrant cet article proviennent toutes de Wikimédia Commons et sont réutilisables dans les conditions précisées par leur licence, cliquez dessus pour en savoir plus et peut-être en découvrir d’autres !)

LGBTIQ, Wikipedia

Wikipédia documente la fierté pour les 20 ans du projet LGBT

Tout au long du mois de juin, une trentaine de personnes ont amélioré 152 articles lors du Mois des fiertés. L’occasion de revenir sur l’histoire de cet évènement et plus largement des contenus LGBTQIA+ sur la Wikipédia francophone !

Un peu d’histoire

Une femme souriante brandit un drapeau arc-en-ciel lors d'une parade LGBTQIA+, entourée de participants et d'une ambiance festive sur une rue de Paris.
Camille Cabral et PASTT lors de la marche des fiertés 2005 de Paris – Kenji-Baptiste OIKAWA CC-by

S’il est difficile de savoir exactement quand le premier article LGBTQIA+ a été créé sur la Wikipédia en français, la date de création du projet LGBT est plus facile : 2005, la même année où des Wikipédien·nes se rendent pour la première fois à la marche des fiertés de Paris pour y réaliser des photographies. Celui-ci, comme le reste de l’encyclopédie se développe rapidement et, en 2010, deux articles sont reconnus comme bons par la communauté : LGBT au Mexique et Fun Home.

Si le mouvement Wikipédia est composé de myriades de petites communautés (dont les sans pagEs !), il cherche aussi à se structurer. C’est ainsi qu’en 2012 est créé Wikimedia LGBT+, une organisation internationale visant à améliorer la représentation queer sur les projets qui a d’ailleurs embauché ses deux premier·ères salarié·es en 2025, Bisi Alimi et Vic Sfriso.

Le premier atelier de contribution LGBTQIA+ en France a lieu en 2017 à Lyon, à l’initiative de ce qui deviendra ensuite l’association Mémoires Minoritaires, qui a aussi créé son propre projet sur Wikipédia. L’occasion de se rappeler que la contribution aux projets Wikimédia ne peut exister sans un bon écosystème de production et de conservation des connaissances comprenant universités, maisons d’éditions, associations, centres d’archives, librairies, bibliothèques, chercheur·euse·s indépendant·e·s…

Un espace extérieur verdoyant avec une table en pierre, un ordinateur portable affichant des informations sur un événement, un livre, une tasse de café et une cafetière sur le côté.
Wiki Queer Camp 2025 dans le jardin de la librairie L’Arborescence – Léna, CC-by-SA

Les sans pagEs organise depuis régulièrement des ateliers ponctuels de contribution, en particulier à Lyon, Genève, Liège, Berne et en région parisienne. Nous avons aussi en 2020 organisé un grand évènement en ligne avec l’EuroCentralAsian Lesbian* Community et Queercode sur le thème des lesbiennes durant l’holocauste en 2021 et participé aux Europrides et aux Eurogames. L’occasion de remercier Lestime à Genève, la librairie Violette and Co, qui nous accueille depuis 2023 pour des ateliers mensuels, le Centre LGBT+ de Paris et L’Arborescence dont le jardin sert de cadre au Wiki Queer Camp !

En parallèle, le mouvement international continue à grandir. Les contributeur·ice·s hispanophones s’organisent de manière particulièrement remarquable, passant de 181 articles créés en 2021 à 1177 en 2024 ! Il faut aussi noter le travail graphique remarquable effectué, ainsi que la cartographie par pays et la documentation minutieuse des cultures et littératures queers en Amérique du Sud.

Édition 2025

L’édition 2025 de Wiki Loves Pride, qui vient de s’achever, est une réussite remarquable : 269 articles créés ou améliorés en anglais, 336 en espagnol et 141 en français, sur des sujets aussi divers que le déménagement chez les lesbiennes, l’histoire de la pathologisation de l’homosexualité ou la transidentité aux Tuvalu.

Le concours a aussi un volet photographique, avec, pour la France, des images prises lors de l’exposition Au Palais des liens renoués à Lyon (photo), aux Pride des banlieues, de Clermont, Lyon et Paris de 2025, mais aussi le versement d’images d’archives, prises lors de la marche des fiertés de Mexico en 2018.

Si cette édition s’achève, la contribution à la documentation de l’histoire, des cultures et des luttes LGBTQIA+ ne prend pas de vacances : traductions depuis l’anglais, l’espagnol ou d’autres langues, rédaction d’articles, photographies, graphismes, en ligne ou en atelier, il y a toujours quelque chose à faire ! Alors, si vous avez envie d’organiser un évènement, ou simplement de participer, contactez-nous, nous y répondrons avec plaisir !

Tout cela ne serait pas possible sans le soutien de nos partenaires et sponsors : la Wikimedia Foundation, Wikimedia France et Wikimedia CH.

Pour nous contacter :

En privé par courriel : info[at]sans-pages.org

Sur notre mailing list (semi publique) : lessanspages[at]lists.wikimedia.org

Publiquement Sur la page de discussion du projet des sans pagEs ici https://fr.wikipedia.org/wiki/Discussion_Projet:Les_sans_pagEs

Agenda, Association LSP, Évènement, les sans pagEs, LGBTIQ

Septembre 2023 aux sans pagEs

C’est la rentrée au sans pagEs ! Pour ce mois de septembre, nous vous proposons pas moins de quatre ateliers qui célèbrent la biologie, la banlieue parisienne et la coupe du monde de rugby, de nombreuses permanences, sans oublier la contribution avec le mois des fiertés et le Wikiconcours et la Wikiconvention francophone.

Ateliers de contribution

Tous ces ateliers sont ouverts aux débutant-e-s souhaitant apprendre à contribuer !

Permanences

Envie d’échanger ? Nous reprenons aussi les permanences, en présentiel ou en ligne :

Wikiconvention

Septembre, c’est aussi la Wikiconvention, la rencontre des Wikipédien-nes francophones, qui se déroule cette année du 19 au 23 à Abidjan. Parmi tous les sujets d’échange, plusieurs concernent spécifiquement la lutte contre le biais de genre :

  • Présentation de la campagne #SheSaid, qui augmente la visibilité des femmes sur Wikipédia et Wikisource
  • Présentation et contribution à Wikiwitches, qui vise à cartographier sur Wikidata les chasses aux sorcières

Contributions

  • Les mois des fiertés et la création d’articles sur les sujets LGBTQI+ continue
  • En septembre et octobre, c’est le Wikiconcours : deux mois pour améliorer en profondeur une sélection d’un à cinq articles, auquel participent plusieurs membres de LSP.
Évènement, Commons, Femmes, GLAM, Histoire des femmes, LGBTIQ, Non classé, wikidata, Wikipedia

GLAM on Tour Montreux : magie du Jazz

Nous avons été plusieurs à participer au GLAM on Tour Montreux du 24 au 27 novembre 2022 organisé par Wikimédia CH, avec la collaboration du Cultural Heritage & Innovation Center (CHC) de l’EPFL et la fondation Claude Nobs. L’objectif du week-end était de découvrir les archives du Montreux Jazz Festival digital project, piloté par la fondation Claude Nobs et le CHC à partir des archives personnelles collectées par Claude Nobs, fondateur du festival, pendant plus de 50 ans.

Sculpture dans la jardin du chalet de Claude Nobs à Caux. Source : Commons, CC-BY-SA 4.0 par
Rudolf H. Boettcher

Coté LSP, le but était sûr de réfléchir à la place des artistes féminines au sein du festival, avec pleins de questions concernant le coté queer du fondateur., et sur la place des artistes afro-descendant·e·s dans le festival, qui puise dans la culture du jazz, de la soul et du rock, suite à un questionnement de Noircir Wikipédia, qui a participé également au week-end.

Un moment fort du week-end : la jam session des musiques d’automnes où nous avons découvert des artistes talentueuses et eu la surprise de voir Ivonne Gonzalez débarquer sur la scène !

C’est quoi un GLAM ?

Un GLAM dans le jargon du mouvement Wikimédia (avec un « m » à ne pas confondre avec Wikipédia l’encyclopédie en ligne qui s’écrit avec un « p ») est l’acronyme de Galleries Libraries Archives Museums : ce sont des institutions qui nous intéressent tout particulièrement pour des collaborations car ce sont là que l’on trouve les sources et les médias qui nous servent à contribuer sur des sujets précis.

Photo de groupe GLAM on Tour Montreux. Source : Commons CC-BY -SA de Bobo11

Le GLAM on Tour est un projet récurrent multilingue du chapitre suisse qui négocie le temps d’un week-end l’accès à des institutions détentrices d’archives dans une localité différente chaque année. Des personnes contribuant aux projets francophones, italophones et germanophones se réunissent alors pour extirper la substantifique moëlle des archives pour la rendre accessible au grand public et enrichir la connaissance libre. C’est l’occasion aussi de former des novices à la contribution.

Sandra Becker, chargée GLAM à Wikimédia CH formant deux novices à la contribution sur Wikipédia. Source : Commons CC-BY-SA 4.0 par Rudolf H. Boettcher

Les sans pagEs ont souvent participé aux GLAM on Tour de Wikimedia CH en y apportant une dimension de réflexion sur le genre, la diversité et la place des femmes.

En 2017 à Fribourg par exemple, des biographies de femmes religieuses au Moyen-Âge ont été produites durant l’évènement consacré à la contre réforme menée depuis Fribourg. En 2019 nous avions participé à l’évènement à la Fonoteca à Lugano. En 2018, suite au GLAM on Tour au MAMCO à Genève, les sans pagEs ont en collaboration avec Wikimedia CH organisé des wikimercredis mensuels pour faire des biographies de femmes artistes contemporaines pendant un an. Ces évènements génèrent donc un impact sur les projets en terme de contenus en ouvrant les portes d’institutions culturelles.

Un GLAM on Tour c’est aussi l’occasion de moments conviviaux avec les personnes qui contribuent en plusieurs langues. Cette année nous avions la chance d’avoir avec nous Adoscam des sans pagEs Bénin, ainsi que des personnes venues de Berlin, de Zürich et de Suisse !

Petit déjeuner convivial avec l’équipe des contributeurices ! Source Commons, CC-BY-SA 4.0 de Natacha LSP

Je vais revenir pour vous sur deux sujets explorés qui m’ont particulièrement intéressés durant ce week-end à Montreux à farfouiller dans l’histoire du Festival de Jazz et de son truculent fondateur, Claude Nobs.

Les chalet de Claude Nobs

Source : Commons CC-BY-SA 4.0 de Kerstin Sonnekalb (WMCH)

Nous avons visité les deux chalets de Claude Nobs et leurs univers époustouflants. Claude Nobs était un collectionneur passionné : lampes, trains électriques, moto, instruments de musique, kimono et piano de Freddy Mercury, un habitué de la riviera lémanique. Ces lieux ne sont pas accessibles au public, ils sont gérés par la fondation Claude Nobs, mais on a pu photographier et poster sur commons pour partager avec vous les trésors aperçus.

Source : Commons CC BY SA 4.0 de Rudolf H. Boettcher

55 ans d’archives vidéo des concerts

L’archive de enregistrements sonores récoltés par Claude Nobs durant sa vie a été inscrite au registre Mémoires du Monde de l’UNESCO en 2013. Dès le début du festival Claude Nobs fait enregistrer les concerts en audio, et les enregistrements vidéo débutent dès la deuxième année. Les premières bobines contiennent sans doute les premiers enregistrements sons et vidéos de qualité de concerts du festival : elles pesaient chacune 15 kg avant que les technologies se développent.

Claude Nobs a fait de Montreux un lieu convivial pour les artistes, propice à la création, où leur était donné carte blanche sur scène, et la possibilité de faire de la musique dans un environnement calme et convivial. Pour en savoir plus sur la vision de Claude Nobs il y a ce magnifique documentaire en accès libre They all came OUT to Montreux (mais il faut faire un compte avant).

Adoscam du groupe des sans pagES Bénin photographiant les archives sonores de Claude Nobs. Source : Commons CC BY SA de Kerstin Sonnekalb (WMCH)

Racines queers ? Freddy, Bowie et Nobs

Thierry Amsallem, président de la Fondation Claude Nobs, et ancien compagnon de Claude Nobs explique que l’héritage LGBTIQ+ du festival n’a pas été mis en avant en raison du climat homophobe de l’époque. Il rappelle les circonstances dramatiques du coming out forcé de Claude Nobs suivant la médiatisation de sa relation avec un jeune homme de 19 ans. Ce dernier avait probablement été engagé expressément pour lui causer du tort. À l’époque des faits, Claude Nobs ne cachait pas son homosexualité, mais restait discret. Malheureusement, l’âge du consentement n’était pas le même en Suisse pour les personnes hétérosexuelles (18 ans) et homosexuelles (21 ans). Claude Nobs est arrêté, emprisonné et on lui donne même une lame de rasoir à emporter dans sa cellule. Une pétition demandant sa remise en liberté circule. Ces faits sont relatés dans la deuxième partie du documentaire They all came to Montreux.

Thierry Amsallem revient aussi sur la soirée où Freddy Mercury et David Bowie, tous deux bisexuels, partagent un repas concocté par Claude Nobs qui adorait cuisiner pour les artistes et les recevoir dans son chalet : hop le courant passe et après le repas les deux disparaissent dans le studio et enregistrent Under Pressure en quelques heures.

Place des femmes : Nina Simone au Montreux Jazz Festival

Quelle est la place des femmes dans le festival ? Alain Dufaux le directeur du le directeur du CHC nous indique avoir été très surpris par la faible place des femmes dans le festival. Comment pouvons-nous documenter cela ?

Nina Simone en 1969. Source Commons, CC BY SA de Gerrit de Bruin

De retour dans la salle de l’éditathon Alain Dufaux nous met à disposition un mémoire de master de l’EPFL sur la question de la place des femmes. Le principal souci rencontré pour rendre compte de cette place est que la base de données des concerts de l’EPFL ne mentionne pas le genre des artistes. Difficile donc de quantifier le nombre d’interprètes féminines, même sur une requête wikidata permet d’avoir une idée : près de 800 artistes femmes sur 17 000 soit moins de 5%. On a commencé pendant l’éditathon avec un groupe de contributrices germanophones motivées à renseigner dans les éléments dédiés aux concerts les femmes qui y ont participé par exemple on peut voir que Flora Purim a joué dans l’édition de 1974. L’élément Nina Simone contient maintenant les 4 concerts de Montreux où elle a joué ! On a commencé aussi

Sur Wikipédia j’ai créé une catégorie Montreux Jazz Festival où on peut retrouver certaines des artistes (travail non terminé).

Discutant avec Ivonne Gonzalez, fondatrice du collectif Noircir Wikipédia, nous abordons la place des artistes afro descendant·e·s dans le festival. Si Claude Nobs a fait fortune avec ce festival, a-t-il pour autant fait ce que l’on appelle de l’appropriation culturelle ? Les artistes ont souligné à travers le temps combien ils se sont sentis bien accueillis à Montreux, loin des tensions raciales aux États-Unis. Il n’en reste pas moins que l’on regrette un peu que les 40 ans d’archives du festival ne soient accessibles au public qu’au Montreux Jazz Festival Café de l’EPFL à Lausanne, car elles représentent des archives historiques du jazz qui méritent leur place dans les biens communs. Espérons que dans le futur certains de ces trésors puissent être publiées sous licence libre et accessible à tout le monde en ligne.

Le festival a de toute évidence lancé et relancé des carrières d’artistes afro descendant·e·s et fait connaitre leur virtuosité. Un exemple notoire est celui de Nina Simone, car l’invitation de Claude Nobs à un moment ou ruinée après les revers qu’elle a subis aux États-Unis quand elle a commencé à s’engager pour le mouvement des droits civiques relance sa carrière et lui permet de rebondir.

Nina Simone chante à Montreux en 1968 pour la deuxième édition du festival. Elle est la seule interprète féminine du festival cette année làn (avec Julie Driscoll qui joue avec Brian Auger). Elle arrive des États-Unis dans un contexte particulier : en plein mouvement pour les droits civiques, dans lequel elle est engagée corps et âme, Luther King et Robert Kennedy viennent d’être assassinés aux États-Unis. Elle rend hommage dans une de ses chansons au poète afro américain gay Hughes Lanston. Son frère Sam Waymon avec elle sur scène se souvient « Le roi de l’amour (Luther King) et Bob Kennedy venaient de mourir. On ne savait pas à quoi le monde allait ressembler après. À ce moment-là, pour moi et pour Nina, être sur scène, c’était avant tout être libres. On s’y sentait en sécurité, et on vivait le moment présent plus que nul part ailleurs. »

Le concert de Nina Simone de 1976 est un concert mémorable du festival : Nina Simone arrive sur scène, sans mot dire, digne, le regard sombre. Elle fait un salut au public, courbée et reste un long moment immobile. La tension et l’émotion sont palpable, surtout lorsqu’elle se met au piano et rappelle alors au public, qu’elle avait dit ne plus vouloir jouer dans un festival de jazz, et que sa décision n’a pas changé. Toutefois, dit-elle « Nous allons passer un moment ensemble et je vais jouer pour vous » . Elle termine sa performance en dansant sur un rythme de percussions africaines, une performance inouïe. Elle parle aussi beaucoup, du Liberia où elle vient de passer deux ans. Elle interrompt une de ses chansons pour ordonner à une spectatrice qui tente de partir de s’asseoir : Nina Simone veut être respectée, veut que sa performance soit respectée comme un concert classique. Après sa performance, qui reste aujourd’hui encore parmi les jalons mémorables du festival, une partie de la presse lémanique l’encense, mais des critiques adoptent des formulations racistes, certains lui reprochent d’avoir tenu des propos incohérents et trop parlé durant le concert. C’est pourtant aujourd’hui ces moments de parole que l’on retient comme partie intégrante de sa performance poignante où elle s’est livrée, entière en prenant des risques. Cette performance relance sa carrière.

Coté Wikipédien, Nina Simone a un article labellisé en anglais, et son article en français mériterait un toilettage de Noël en vue d’une future labellisation.

Sade Adu par djrue. Source Commons CC-BY-SA 2.0 Generics

Autre artiste lancée par le festival : Sade en 1984, est pratiquement inconnue lorsqu’elle monte sur scène et entonne Smooth Operator. La performance la propulse au sommet des charts l’année suivante. Ces vidéos sont accessibles au Montreux Jazz festival café à Lausanne : cela vaut le détour ! Et bien sûr j’ai mis Sade Adu dans l’élément wikidata du festival édition 1984.

Merci à toute l’équipe du GLAM on Tour !

Évènement, GLAM, LGBTIQ, Wikipedia

Le fonds Michel Chomarat, dédié aux sans archivEs

Le fonds Michel Chomarat, plus grande archive LGBTQI+ publique de France

Saviez-vous que la plus grande archive LGBTQI+ française en institution publique est à Lyon ? Je l’avais appris un peu par hasard, en 2017, lors de l’évènement Mémoires Minoritaires organisé par la bibliothèque municipale de Lyon qui comportait notamment un atelier de contribution à Wikipédia sur le thème de l’histoire et de la culture LGBTQI+.

Cinq ans et une pandémie mondiale plus tard, la bibliothèque de la Part-Dieu fête ses 50 ans, et quelle meilleure fête que d’écrire sur Wikipédia ? Billets de trains réservés dans la minute pour être sûre de participer à un atelier de contribution remarquablement organisé par les équipes de l’institution et me voilà plongée dans l’histoire (toujours en cours d’écriture) du fonds Michel Chomarat.

La journée ne suffit pas à rédiger un article résumant toute la richesse de ce fonds, auquel la bibliothèque consacre une très belle exposition, Dans les marges. Si nous écrivons sur celles et ceux qui sont sans pagEs, Michel Chomarat archive thèmes et groupes sans archivEs : l’histoire LGBTQI+, mais aussi les « petits gens », la marginalisation (antisémitisme, homophobie…), l’occultisme, les almanachs…

Excaver l’histoire LGBTQI+ française

Écrire sur les archives, c’est bien, mais se connecter à ce qu’elles ont à nous dire, c’est encore mieux. Soirée entre wikipédien-ne-s après l’atelier, nous découvrons que l’exposition en ligne de Dans les marges comporte une playlist musicale : coup de foudre immédiat pour Nous les tantes, extrait de la comédie musicale Essayez donc nos pédalos.

33 tours de la comédie musicale Essayez donc nos pédalos conservé dans le fonds Chomarat

La soirée change de rythme et on se retrouve à frénétiquement chercher toutes les informations possibles sur cette comédie musicale : on pensait excaver une pépite confidentielle, on réalise qu’il s’agit d’une œuvre culte, jouée des centaines de fois, en France mais aussi en Suisse, en Belgique et au Canada. Seulement voilà, c’était avant l’arrivée du sida, et ces années noires, en fauchant des vies, ont aussi rompu la trame de transmission de la culture LGBTQI. Alors, on retricote, en créant l’article sur le spectacle, mais aussi sur la troupe Les Mirabelles, et, peut-être surtout, on rajoute ces deux pierres à l’histoire de la culture LGBT en France, pour que les ancêtres spirituelles de Paloma, Nicky Doll et des autres queen de Drag Race France ne soient pas oubliées.

LGBTIQ, Wikipedia

L’exposition « Continuum » et nous !

Ce mois-ci nous donnons la parole à Isabelle Sentis du projet Queer Code (site visant à rendre visible l’histoire des lesbiennes et des femmes qui ont aimé des femmes durant la Seconde Guerre Mondiale) de l’association Mémoires en chantier.

Nous collaborons avec Queer Code pour favoriser cette visibilité sur wikipedia et d’autres démarches coopératives communes telles que des ateliers participatifs féministes, des interventions ponctuelles (UNIGE : Université de Genève et LESTIME en novembre dernier).

Queer Code a proposé à l’équipe du Service Egalité de l’UNIGE une rencontre sur l’histoire des lesbiennes en Suisse dans le cadre de l’exposition « Continuum, Récits et savoirs LGBTQI*», en collaboration avec Lestime et les Sans Pages. Queer Code a intégré dans son intervention le travail de la professeure Francesca Arena, historienne de la médecine et du genre (Francesca a collaboré au projet Continuum en réalisant un des panneaux de l’exposition). QueerCode a choisi pour son intervention le titre suivant : « Savoirs, pouvoirs et résistances autour des sexualités ».

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Une trentaine de personnes se sont retrouvées le jeudi 15 novembre 2018 à 12h dans l’espace exposition de l’UNIGE. Et plus d’une centaine de personnes ont suivi l’intervention via un facebook live.

Ferdinando Miranda, commissaire de l’exposition et chargé de projet au service Egalité de l’UNI, animait la rencontre. Il a invité les intervenantes à se présenter : Francesca Arena, Nathalie Rault des Sans Pages et Isabelle Sentis pour Queer Code.

Cette rencontre a permis d’exposer les mobilisations communes et spécifiques à chaque groupe dans le cadre de l’exposition :

Le concours de rédaction en ligne sur Wikipédia autour des thématiques LGBTQI* organisé par Les Sans Pages

La cartographie des 14 portraits de l’exposition réalisée par Queer Code 

Lors de ces échanges, ont été abordées les questions de construction des sexualités au fil de l’histoire. Elles se sont construites et continuent de se construire dans une hiérarchisation des savoirs, notamment médicaux. Francesca Arena a présenté comment cette hiérarchisation vise à établir une frontière entre normal et pathologique. Isabelle Sentis a évoqué d’autres voix et les formes de résistances qui leur sont associées et contribuent à sortir des contraintes normatives. Il y a eu des échanges autour des expériences menées par Queer Code et des techniques mises en œuvre pour collecter et regrouper des savoirs pluriels liés aux parcours de lesbiennes. Ces savoirs pluriels émanent de chercheuses, de lesbiennes, de militantes… Queer Code les présente sans les hiérarchiser. Queer Code tend à rendre visibles les mécanismes de normalisation et de hiérarchisation des sexualités et des genres afin de les déconstruire individuellement et collectivement. Lors de cette intervention, les questionnements et difficultés liés à ce process ont été abordés. Quant à Natacha Rault, elle a expliqué le projet des Sans Pages et le concours mis en place dans le cadre de l’exposition.

Pour en savoir plus sur ces échanges, vous êtes invité.e.s à consulter le facebook live disponible sur la page du service Egalité de l’UNI.

Nos lieux, nos fêtes, nos combats :  notre histoire compte !

Depuis quelques années, Isabelle Sentis intervient à Lestime pour partager des projets aux thématiques multiples (santé, histoire, drag king…) qui ont en commun de transmettre l’histoire des lesbiennes, bies, FSF, cis et trans et de leurs mobilisations. Les fondatrices de QueerCode sont venues en novembre 2015 à Lestime se présenter. Elles voulaient collecter l’histoire de lesbiennes et de femmes qui ont aimé des femmes helvétiques ou ayant fui en Suisse durant la Seconde Guerre Mondiale. Sophie Meyer une amie du comité de Lestime, très impliquée dans l’organisation de cette soirée, a permis de découvrir l’histoire des fondatrices de la revue Der Kreis (« Le Cercle ») .

Trois ans plus tard, QueerCode expose les ressources découvertes et développées sur le site depuis sa création en 2015. Le site a enrichi son dispositif « Constellations brisées »  de deux nouvelles cartographies dédiées aux parcours d’Elisabeth Eidenbez et Erika Mann.

Queer Code réalisera la cartographie des lieux liés aux fêtes et aux combats lesbiens de Genève à l’occasion des célébrations autour des 50 ans de Stonewall qui auront lieu en juin 2019. Cette envie de cartographie est issue d’une discussion entre Sophie Meyer et Isabelle Sentis.

Depuis quelques années, la planète LGBTIQ se mobilise pour rassembler et organiser ses archives. Largement mises à l’écart de l’histoire « officielle », les minorités ont compris à quel point il était important de sauvegarder cette mémoire, pour la rendre visible et la transmettre. A travers la cartographie des lieux qui ont marqué l’histoire militante et festive de Genève, Queer Code propose de contribuer à renforcer le fond d’archives déjà déposé à Lestime.

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Deux ateliers en mixité choisie : femmes, lesbiennes et personnes trans* ont été mis en place dans les locaux de Lestime le vendredi 16 et samedi 17 novembre. Ils s’inscrivaient dans le cadre du mandat de la Ville de Genève, concernant la pré-enquête sur les questions de mémoires LGBTIQ. Le projet « Nos lieux, nos fêtes, nos combats : notre histoire compte » se poursuivra en janvier et février 2019 jusqu’à la Pride en juillet 2019.

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Le vendredi 16 novembre, dans les locaux de Lestime lors d’un apéro baptisé : « L’apéro des chattes sauvages », en référence aux soirées lesbiennes inoubliables de Genève, Queer Code a présenté des archives individuelles et associatives déjà collectées. Il y a eu des échanges sur les lieux que les participantes avaient fréquentés : La Bretelle, chez Gaston, chez Lili, le Brigitte, le Barbie, le Centre femmes, rue st-Georges, à Champel, au Lignon … et ceux fréquentés aujourd’hui comme Livresse, Lestime et bien d’autres.

Des années 70 à nos jours, chaque génération a eu ses endroits de militance et de fêtes. Une histoire très peu documentée, encore largement invisible, et pourtant si importante!  Beaucoup d’émotions et de rires partagés lors de cette soirée au son d’une bande son qui nous a fait traverser les décennies en rythme !
Le lendemain, le samedi 17 novembre en après-midi, 16 participant.e.s  se sont retrouvées pour partager un atelier ludique où les lieux de sociabilité et de militance lesbiens ont commencé à être cartographiés. QueerCode a présenté des interviews réalisées avec des téléphones portables, discuté des postures et cadres à partager lors des futurs glanages d’archives orales.

Lors de ces deux rendez-vous, Queer Code a recueilli des ressources précieuses et des personnes motivées sont venues à la rencontre du collectif. Les militantes de Queer Code et de Lestime sont enthousiastes et impatientes de continuer à partager cette démarche avec vous.

Envie de participer à ce projet ?

Contactez info@lestime.ch ou contact@queercode.net