Sukkoria contribue sur Wikipédia en français (entre autres !) depuis neuf ans, et nous parle aujourd’hui de ses activités de l’été.
Comme l’an dernier, j’ai profité du concours Wiki Loves Sport pour rédiger de nouvelles biographies pour Wikipédia en français. Wiki Loves Sport est un événement international, initialement lancé par Camelia Boban et WikiDonne (de la Wikipédia en italien) en 2019.
L’an dernier, je m’étais donné comme thématique l’escalade et ses pratiquants, notamment en handisport, avec 17 biographies rédigées en un mois. Cette année, sans aucune tentative délibérée de dépasser ce chiffre, j’en ai créé 15 et retravaillé 5 supplémentaires dans le cadre du Wikiconcours, organisé en septembre sur la Wikipédia francophone. Je vous les présente ?
Dans une première partie de l’événement, j’ai rédigé de nouveaux articles sur plusieurs sportives, avec toujours des grimpeuses ou alpinistes, dont la pionnière pakistanaise Naila Kiani et les compétitrices allemande Hannah Meul et sud-africaine Lauren Mukheibir. J’ai profité de l’occasion pour traduire de l’anglais et enrichir l’article sur Denise Mueller-Korenek, une cycliste américaine très, très rapide au sujet de laquelle j’avais commencé à me renseigner il y a quelques mois.
Hannah Meul en 2022 (CC BY-SA 4.0 – Sandro Halank)Naila Kiani en 2023 (CC0 – Unknown786009)
Un autre groupe d’articles est constitué par les navigatrices de toutes les époques, depuis Frances Rivett-Carnac, première olympienne et championne olympique de voile, en… 1908 (dans un équipage mixte), jusqu’à Francesca Clapcich, actuellement engagée sur la Transat Café l’Or en passant par Rosalin Kuiper, Giulia Conti et Pauline Courtois, multiple championne du monde ; mention spéciale pour Betsy Alison, navigatrice américaine qui s’est distinguée en compétition chez les valides avant d’entraîner des équipes de voile handisport, d’être elle-même confrontée à des problèmes de santé… puis de devenir championne du monde en handivoile !
Sally Bauer en 1938 (domaine public – Pressens Bild)Jana Lisa Rother en 2020 (CC BY-SA 4.0 Martin Rulsch)
Pour finir et avec le début du WikiConcours « version désébeauchage » sur la Wikipédia francophone en septembre, auquel j’ai participé avec l’équipe 20 constituée avec deux autres membres du portail LGBT, j’ai réorienté mes efforts vers l’amélioration de biographies de sportifs LGBT+. Dans le lot, un homme, le patineur américain Adam Rippon, et plusieurs athlètes de sports collectifs différents : la footballeuse allemande Nadine Angerer, la hockeyeuse canadienne Charline Labonté et la joueuse néerlandaise de water-polo Laura Aarts. Et, en bonus, une heptathlète, Sabine Braun.
Charline Labonté en 2014 (CC BY-SA 4.0 – calmstorm & Tabercil)Adam Rippon en 2018 (CC BY-SA 2.0 – Ted Eytan)Laura Aarts en 2024 (CC BY 3.0 – RN7)Nadine Angerer (CC BY-SA 4.0 – Frank Schwichtenberg)
Certains de ces articles étaient assez représentatifs des articles « minimaux » consacrés à des sportifs, qui peuvent être créés à la chaîne à l’issue d’une compétition à partir des podiums. Cependant, ils peuvent être lacunaires sur des aspects plus qualitatifs, comme le parcours de ces athlètes jusqu’à la médaille ou leurs engagements extra-sportifs, par exemple en faveur de la protection de l’environnement ou contre les discriminations. De plus, comme il s’agit de biographies de personnes pour la plupart encore vivantes, il est essentiel qu’elles soient correctement sourcées afin de ne pas nuire à leurs sujets ou à leur entourage. Ce sourçage est loin d’être une tâche ingrate, je la trouve au contraire très enrichissante, c’est une bonne opportunité de creuser certains sports que je connais moins, et de trouver de nouveaux sujets d’articles pour les prochains événements de contribution !
(Les images illustrant cet article proviennent toutes de Wikimédia Commons et sont réutilisables dans les conditions précisées par leur licence, cliquez dessus pour en savoir plus et peut-être en découvrir d’autres !)
Créé le 26 juin 2016, le projet les sans pagEs combat les inégalités de genre sur Wikipédia et les autres projets Wikimédia, en cherchant à la fois à augmenter la part de contributrices et personnes appartenant à des minorités sous représentées et à améliorer le contenu autour des femmes et des minorités de genre sur les différents projets Wikimédia francophones. En 2017, une association homonyme a été fondée en Suisse pour soutenir les différentes activités du projet : éditathons, formations, interventions lors d’événements, achat de matériel documentaire, entre autres.
20% de biographies de femmes, ça commence à compter !
Au 15 juillet 2024, l’encyclopédie en ligne Wikipédia en français compte plus de 2 620 000 articles, parmi lesquels 714 869 sont des biographies. Le 15 juillet 2024, la barre des 20% de femmes parmi les biographies est franchie, ce qui représente 142 979 biographies de femmes au total. Les sans pagEs se félicitent de cette nouvelle étape dans la progression du contenu lié aux femmes et aux minorités de genre, alors que la part de femmes dans les biographies de l’encyclopédie en ligne était seulement de 14% en 2016 (75 000 biographies de femmes à l’époque). Atteindre ces 20% symboliques nous rapproche de Wikipédia en espagnol, encyclopédie sur laquelle 23,4% des biographies sont dédiées à des femmes et nous place légèrement devant Wikipédia en anglais qui ne compte que 19,8% de femmes parmi ses biographies.
+68 000 biographies de femmes en huit ans
En huit ans, la communauté wikipédienne francophone dans son ensemble (et parmi elle le projet les sans pagEs) a donc créé environ 68 000 biographies de femmes, montrant ainsi son engagement à réduire le biais de genre existant sur l’encyclopédie et ainsi enrichir le contenu de Wikipédia. Par ailleurs, au-delà des biographies et de leur nombre, le projet les sans pagEs poursuit un objectif plus large d’amélioration du contenu lié en général aux femmes et aux minorités de genre. Ainsi depuis la naissance du projet, ce sont 16 800 pages qui ont été créées ou améliorées par les membres des sans pagEs, non seulement des biographies mais également des articles sur leurs luttes, leurs réalisations, leurs œuvres, etc.réalisations, leurs œuvres, etc. Les articles les plus consultés du moment peuvent être vus ici.
Visibiliser collectivement les femmes et les minorités de genre
Le contenu de Wikipédia dépend de l’existence de sources secondaires de qualité (travaux d’analyse ou de synthèse tels que des articles de journaux de qualité, des livres, etc) : les sans pagEs encouragent donc les journalistes, les universitaires et en général les producteurices de connaissances à poursuivre leur travail de visibilisation des femmes et des différentes minorités, dans une logique intersectionnelle. Leurs efforts sont essentiels pour diminuer les inégalités, en particulier de genre, dans le contenu de Wikipédia.
Contacts :
Anne-Laure Michel, présidente des sans pagEs
Natacha Rault, directrice exécutive des sans pagEs
La création d’articles Wikipédia concernant des géographes féministes est marquée par une double contrainte d’écrire à la fois sur des femmes, qui souffrent d’un biais de représentation dans l’histoire des sciences et dans Wikipédia, et sur des savoirs critiques, qui peuvent être perçus comme n’étant pas neutres et objectifs. Les pages en question s’exposent ainsi à une difficile admissibilité ou à des suppressions.
Organisation féministe et sources
Les géographes féministes constituent cependant aussi des communautés et réseaux qui produisent leurs propres sources. Elles créent par exemple le groupe Geographic Perspectives on Women au sein de l’American Association of Geographers, le groupe de recherche sur les femmes et la géographie de la Royal Geographical Society ou encore le groupe Genre et Géographie de l’Union Géographique Internationale (UGI).
Ces communautés sont à l’origine de prix (le prix Isabel André au Portugal et les prix Janice Monk Service Award et Susan Hanson Dissertation Proposal Award de l’American Association of Geographers), de revues scientifiques (spécifiques à la géographie comme la Revista Latino-americana de Geografia e Gênero et Gender, Place & Culture, ou plus générales comme Genre, sexualité & société et Les Cahiers du Grif), et d’ouvrages de référence avec dès 1984 la publication de Geography and Gender: An Introduction to Feminist Geography.
Multiplicité de la géographie féministe
Ces sources (entre autres) ont permis la création de dizaines de pages de géographes féministes sur Wikipédia en français, recensées sur la page Géographie du genre. Cette géographie féministe est multiple, nous n’en présentons que quelques facettes et figures.
Pionnières et théoriciennes
On trouvera parmi elles des pionnières et théoriciennes :
Jacqueline Coutras, avec Jeanne Fagnani, en France. Elles réalisent des travaux de géographie féministe, dès la fin des années 1970, à travers la question des transports.
Janice Monk et Susan Hanson aux Etats-Unis. En 1982, elles publient un article intitulé « On Not Excluding Half of the Human in Human Geography » dans la revue The Professional Geographer, destiné à faire connaître les contributions substantielles des femmes dans la géographie.
Linda McDowell au Royaume-Uni. Elle participe à la rédaction, à la coordination et à l’édition du livre de synthèse de géographie féministe, Geography and Gender: An Introduction to Feminist Geography, publié en 1984.
Maria Dolors García Ramón en Espagne. La géographie féministe espagnole naît sous son impulsion (sa page Wikipédia française ne rend d’ailleurs pas vraiment justice à l’importance de sa carrière : à compléter !).
Isabel Margarida André au Portugal. Elle soutient une thèse sur les relations de genre et patriarcales dans l’emploi et le travail domestique en 1994.
Gillian Rose au Royaume-Uni. Elle articule la géographie féministe, l’étude des cultures visuelles et l’analyse des savoirs géographiques. Elle est l’autrice du livre Feminism and Geography: The Limits of Geographical Knowledge publié en 1993 qui met en cause le caractère masculin de la géographie.
Elle s’articule à d’autres champs, notamment celui de la géographie des sexualités : c’est ce que font Gill Valentine et Marianne Blidon en étudiant les pratiques spatiales des gays et des lesbiennes.
Elle est souvent intersectionnelle en croisant le genre avec d’autres formes de discriminations.
Patricia Daley : personnalité d’origine africaine ou afro-caribéenne considérée comme parmi les plus influentes au Royaume-Uni depuis 2021 (Powerlist), elle est spécialiste des conflits dans la région des Grands Lacs et étudie les rapports de genre, de race et d’ethnicité.
Camille Schmoll : géographe française critique et féministe, elle est spécialiste des dynamiques migratoires, transnationales, féminines et circulaires dans l’espace de la Méditerranée et elle étudie tout particulièrement les spécificités des migrations des femmes et les violences de genre dans son ouvrage “Les damnées de la mer” (2020).
Elle témoigne d’une multiplicité d’approches, qualitatives (entretiens, observations) mais aussi cartographiques et quantitatives (statistiques, analyse des données géolocalisées).
Saraswati Raju : spécialiste des questions de genre, de postcolonialisme en géographie et de la place des femmes dans les villes indiennes, elle participe à la réalisation d’un atlas critique sur la production cartographique (1997). Elle reçoit dix ans plus tard le Janice Monk Service Award (2010) de l’American Association of Geographers.
Elle porte sur les différentes régions du monde, sur les Nords mais aussi sur les Suds.
Gopa Samanta, est professeure de géographie à l’université de Burdwan (Bengale-occidental) et spécialiste des études de genre et du développement dans les petites villes en Inde. Elle a participé à de nombreux projets de recherche, dont un à l’IRD sur les relations et définitions urbain/rural en Inde.
Une géographie appliquée au sein d’organisations internationales
Elle a des impacts en dehors de la recherche, puisque ces géographes s’engagent dans des projets de développement au sein d’organisations internationales (Kuntala Lahiri-Dutt au PNUE, PNUD, à l’ONU Femmes ou à la Banque mondiale) mais aussi par l’analyse critique de celles-ci :
Sarasvati Raju étudie la production de discours et les actions des institutions internationales et des ONG en faveur de l’empowerment des femmes et leurs paradoxes.
Patricia Daley est critique vis-à-vis de l’humanitarisme et des agences humanitaires, des organisations régionales et de la communauté internationale en général.
Les absentes
Cette impressionnante liste de géographes et de leurs réalisations n’empêche pas que nombre de géographes féministes manquent dans cette liste. Et pour cause : certaines des figures les plus importantes ne sont toujours pas admissibles. Pour le cas francophone on pourra citer notamment les pionnières canadiennes Damaris Rose, Anne Gilbert et Lyse Pelletier, les Françaises Claire Hancock et Nadine Cattan ou encore la Suisse Karine Duplan. En dehors de cette sphère, on peut aussi mentionner l’Iranienne Fazileh Dadvar-Khani ou encore la Hongroise Judit Timár.
Leur absence tient aussi à d’autres biais (notamment liés à nos compétences linguistiques mais aussi aux inégalités qui traversent la science mondiale) qui font que les personnalités qui ne sont pas britanniques, états-uniennes ou françaises sont sous-représentées, et ce malgré une production essentielle qui existe aussi dans le reste du monde. Pour preuve les pionnières du champ parmi lesquelles on compte l’espagnole Maria Dolors García Ramón et la portugaise Isabel Margarida André ; ou encore les pages de géographes indiennes (Kuntala Lahiri-Dutt et Gopa Samanta) ou hongkongaise (Mei-Po Kwan) qui mettent en avant les recherches féministes depuis des espaces hors Occident. Mais il faut souligner le fait qu’il s’agisse d’espaces anglophones et que ces géographes présentes sur Wikipédia sont souvent formées ou ont exercé dans des institutions étatsuniennes, britanniques ou australiennes.
Reste à créer les pages et les sources sur celles qui manquent !
Le 15 octobre 2022 nous étions à La Contemporaine à Nanterre, pour un éditathon Wikipédia sur le thème des femmes déportées et résistantes. Pour cette première à la Contemporaine nous avions 19 participant·e·s très motivé·e·s et dont une dizaine avait déjà participé à un éditathon avant !
Tout d’abord un grand merci à Marianne Cosnard et René Pigier qui nous ont accueilli chaleureusement à la Contemporaine. Elles nous ont fourni une liste de travail impressionnante pour cet atelier de contribution à Wikipédia. Leur accueil a vraiment été formidable et nous avions hâte de recommencer ! La contemporaine conserve dans ses archives deux fonds importants sur la thématique, le fonds de l’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance [archive] (ADIR) ainsi que le fonds Neus Català [archive].
L’intérêt des sans pagEs pour les femmes résistantes et déportées ne date pas d’hier : nous avions déjà réalisé un éditathon sur le thème des lesbiennes durant l’holocauste en 2020 et une contributrice du projet a fait labelliser l’article sur le convoi des 31 000.
C’était l’occasion de revenir sur ce sujet, sur lequel il reste tant à faire en matière de contributions.
Présentation par Anne-Marie Pavillard
Anne-Marie Pavillard présente les objets provenant du fonds d’archives de l’ADIR à la Contemporaine – Natacha LSP, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Anne-Marie Pavillard, archiviste de l’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (ADIR) nous a convié à une visite guidée passionnante de l’Atelier de l’histoire où sont exposés des documents et objets en lien avec l’ADIR, parmi lesquels des objets d’art réalisés par des prisonnières dans le camp de concentration de Ravensbrück. Dans ce camp furent déportées les femmes du convoi des 27 000 et des pseudo expériences médicales ont été menées sur 74 jeunes victimes polonaises dénommées les Lapins. Une socialiste américaine fortunée et célibataire, Caroline Ferriday avec l’aide d’Anise Postel-Vinay et l’ADIR se bat énergiquement pour que les Lapins perçoivent des indemnisations de l’Allemagne.
Les Lapins de Ravensbrück au procès de médecins à Nuremberg – crédit photo Auteur inconnu, domaine public, via Wikimedia Commons
De nombreux artistes ont dessiné, peint et continué leurs activités artistiques dans les camps de concentration. Il nous manque toutefois les images sous licence libre concernant les œuvres réalisées par les femmes.
Halina Olomucki a réalisé des dessins du Ghetto de Varsovie et des prisonnières des camp de concentration où elle a séjourné (Auschwitz, Ravensbrück notamment) dont dix-huit sont conservés à la Contemporaine. Aat Breur-Hibma, qui dessine aussi, fait le portrait de la résistante Jeannine Lejard le jour de sa mort à 17 ans. L’artiste, sur demande de la doctoresse Adélaïde Hautval dessine les femmes au Revier juste avant leur mort afin de garder vivante leur mémoire pour leurs familles.
Parmi d’autres objets exposés on trouve un couteau fabriqué avec les moyens du bord, une petite bonne femme en bouts de tissus lisant un livre. Un dessin représentant un lapin avec une jambe enveloppée de bandage est offert par Maja Berezowska à une jeune femme qui faisait partie des Lapins. Ces objets, tous absolument prohibés dans les camps, témoignent de la résistance de ces femmes et de leur lutte pour rester en vie, leur détermination à témoigner et laisser des traces des atrocités commises. Elles avaient conscience de la nécessité de laisser des preuves pour que l’on ne puisse par la suite nier ce qui s’était passé.
Anne-Marie Pavillard nous a parlé de l’association de l’ADIR et de ses efforts pour effectuer un travail de mémoire autour des femmes résistantes et déportées. Les femmes revenues des camps de concentration souhaitèrent rester en contact et développer des réseaux de solidarité et d’entraide. Elles sont déterminées à faire œuvre de mémoire et éditent dès 1946 une revue qu’elles appellent Voix et Visages, en référence au fait que souvent, elles ne connaissaient des autres que les voix et les visages :
Le titre du bulletin rappelle, comme l’évoque Maryka Delmas, « autant les voix des prisons qui sortaient des murs, des fontes des tuyaux, des grillages, que les visages de toutes celles qui se sont retrouvées dans la grande aventure, les visages émaciés de Ravensbrück » (Claire Davinroy, « Ce que sera le bulletin », Voix et Visages n°1, juin 1946).
Nous avons eu la visite de l’adjointe au maire de Nanterre, de la Bibliothèque Marguerite Durand et de deux personnes des Archives Nationales. Tout le monde a mis la main à la pâte et l’ambiance était studieuse pour un sujet poignant.
Un étudiant en histoire venu tourner une vidéo sur l’atelier a même lâché sa caméra pour venir participer. Le film sera mis à disposition sous licence libre sur Commons quand il sera achevé.
Comme toujours lorsque l’on fait appel à des personnes expertes dans leurs domaines, la recherche des sources pertinentes est facilitée et permet de se concentrer sur la travail d’édition. Ainsi la Contemporaine nous avait mis à disposition des livres à consulter (voir le catalogue [archive]), mais aussi des ressources en lignes :
Après l’éditathon, trois wikipédiennes chevronnées n’attendent plus qu’une seule chose : recommencer ! La Contemporaine est idéale pour la contribution, c’est un endroit calme, et qui plus est ses archives recèlent des trésors encore inexploités pour la connaissance libre ! De plus le lieu est très accessible avec une ligne de RER même pour les personnes venant de loin.
Et la suite ?
La tenue de l’atelier semble avoir généré un enthousiasme durant tout le mois d’octobre autour des femmes résistantes, avec des contributions sur les femmes qui ont résisté au franquisme durant la guerre d’Espagne et l’amélioration des articles commencés pendant l’éditathon.
Il reste cependant plein de choses à faire dans la liste de travail pour toutes celles et ceux qui n’ont pas pu venir :
Les visages de la plupart de ces femmes manquent sur les articles : on n’a ainsi aucune photo de Caroline Ferriday ou Anise Postel Vinay. La mémoire des bourreaux nazis est accessible, ils ont tous et toutes une photo libre de droit mais les objets d’art, les lettres, les poèmes les dessins et les sculpture réalisées par les femmes de Ravensbrück et d’Auschwitz ne sont pas sur Commons. L’occasion de réfléchir au moyen de valoriser ces contenus grâce à de futures coopérations avec la Contemporaine ! Un article sur les femmes prostituées de force dans les camps reste à faire, des biographies, et l’intégration de ces aspects historiques dans les articles généraux de Wikipédia.
L’histoire des femmes locales est souvent effacée ou invisibilisée. Si on veut pouvoir en ajouter quelques traces sur Wikipédia en français, il faut pouvoir disposer de sources fiables. Malgré ces difficultés, nous avons décidé de plancher sur l’histoire des femmes Meyrinoises le 22 octobre 2022 à la bibliothèque FORUM Meyrin.
Cet éditathon a été rendu possible grâce à l’intérêt d’Esther Um, conseillère municipale de la commune de Meyrin et membre du comité des sans pagEs, et à la coopération de François Beuret, archiviste de la commune de Meyrin, qui nous a donné accès au fonds d’archive concernant le Groupe Femme Meyrin.
Nous sommes heureuses de vous annoncer également la tenue de wikipermanences hebdomadaires les mardis soirs à la bibliothèque de 17h à 20 h ! Celles-ci démarreront le 15 novembre 2022 !
Après un défrichage qui a duré un mois, la micro-histoire de ce groupe Femmes-Meyrin, groupe féministe protestant affilié à ses débuts au mouvement français Jeunes Femmes a livré bien des pistes concernant la commune de Meyrin, de façon surprenante. Les femmes ont en effet marqué de leurs activités toute l’architecture de Meyrin, en profondeur.
Le CERN et la Première cité satellite de Suisse
Vue aérienne du CERN, Brücke-Osteuropa, CC0, via Wikimedia Commons
Dans les archives on a trouvé des preuves d’actions concrètes des femmes meyrinoises pour influer sur la politiques des infrastructures de la ville. La situation était la suivante : le 29 septembre 1954 débute la construction du CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) à Meyrin, qui provoque un afflux de population cosmopolite dans la région. De 3 000 habitants la commune passe rapidement à 19 000 dans les années 1960. Meyrin doit s’adapter et inaugure la première cité satellite de la Suisse (1959) Avec les premiers immeubles contemporains apparaissent bientôt un centre commercial (1963), un centre sportif avec une patinoire extérieure (1978), un hôpital (1976) et un centre culturel (1995).
Maison d’accouchement et maternité
Hôpital de La Tour à Meyrin, construit en 1976 , CC-BY-SA 4.0 par Patbateman84
Le groupe Femme Meyrin, très impliqué sur la question des droits des femmes s’accoquine avec les Cernoises pour demander la construction d’une maternité qui ne les oblige pas à aller accoucher à la clinique Bois Gentil à l’autre bout du canton de Genève : la commune se dote de l’Hôpital privé de la Tour en 1976. Au fait, où accouchaient les femmes avant la clinique privée de Latour ? De 1920 à 1946, les femmes disposaient à Cointrin d’une maison d’accouchement «Le Rosaire» qui était géré par une sage-femme, Faustine Nebbia (1894-1981).
Le Rosaire, maison d’accouchement entre 1920 et 1946 Archives de la Commune de Meyrin 2013
Revendications des femmes : une piscine
Le centre sportif s’ouvre d’abord avec une patinoire en 1979, et le projet est formé d’accueillir une deuxième patinoire pour l’entraînement de Denise Billman (celle qui donna son nom à une célèbre figure de patinage artistique exécutée aux Jeux Olympiques de 1980), mais les femmes débarquent au conseil municipal et exigent une piscine d’été, afin que les personnes qui n’ont pas les moyens de partir en vacances puissent trouver un exutoire sportif à leur désœuvrement estival. Marceline Amar, fille de paysans, se déclare même prête à creuser la piscine avec un tractopelle s’il le faut. Paf, ce sera une piscine, exit la gloire du patinage suisse.
Des lieux de la vie paysanne d’antan qui subsistent
On trouve aussi trace dans le fonds d’archives de photos anciennes de la fontaine Bournoud, lieu de lessive traditionnel pour les femmes.
Une commune pionnière avec l’élection de Renée Pellet
Meyrin est aussi exemplaire parce que la commune abrite la première femme en Suisse à candidater et être élue à un exécutif après l’obtention du droit de vote au niveau cantonal des femmes en Suisse : il s’agit de Renée Pellet, tombée dans l’oubli depuis, sauf dans sa commune d’origine.
La suite pour les projets Wikimedia, c’est qu’il reste beaucoup de choses à faire sur cette commune. La plupart des bâtiments historiques n’y ont pas été photographiés (écoles, centre commercial, Maison Vaudagne). De nombreuses œuvres d’art de femmes se trouvent dans l’espace public, qui n’ont point été photographiées. Le centre sportif : niet, et l’article sur hôpital de la Tour ne mentionne pas le rôle des femmes dans la décision de sa construction (sans doute la faute à quelque communicant désireux de faire la publicité de cette institution privée rachetée par un groupe américain).
Bref, nous on veut continuer à creuser cette histoire ! Un court article sur le groupe femme de Meyrin mentionne que ces dames sont parties créer l’association féministe F-Information (qui n’a point de page Wikipédia), une visite à la bibliothèque Filigrane nous permet de recueillir un document sur les 40 ans de l’association dans lequel l’implication des meyrinoises est mentionnée, et aussi celle de Marceline Amar.
Un hasard (ou un coup de chapeau ?) fait que F-Information a fêté TOUS ses anniversaires tous les dix ans au centre forum Meyrin, bâti en XXXX et abrite un théâtre, des archives et une bibliothèque, ainsi qu’un restaurant.
Durant l’éditathon, nous avons aussi l’occasion de traduire des articles de physiciennes qui ont travaillé au CERN, Au fait saviez vous que cette région lémanique compte le plus gros pourcentage de Nobels au mètre carré grâce au CERN ?
En attendant voilà la liste des articles imprégnés de ces pérégrinations. Nous avons cherché les traces de ces histoires dans les archives du Temps et du Journal de Genève, dans le journal de la commune et nous comptons bien glaner encore quelques perles dans les comptes rendus du conseil municipal.
Un livre historique sur la commune nous livre quelques lignes sur la fontaine Bournoud, qui existe encore et reste à photographier.
Enfin, autre trouvaille, l’exploratrice, journaliste et écrivaine suisse Isabelle Eberhardt, qui a désormais un mur entier à sa mémoire à Genève sur la maison où elle est née, a vécu avec sa mère et son beau-père quelque part entre Meyrin et Vernier dans une villa appelée Villa Neuve et un étang creusé par son beau père y subsiste encore. Toute cette partie de son enfance est retracée dans le livre d’Edmonde Roux Un désir d’Orient.
Photo de la Villa Neuve où vécut Isabelle Eberhardt, à la Bibliothèque de Genève
La grande histoire des protons a ainsi le temps de cet évènement croisé celle de celles qui sont sans passé, dont l’empreinte géographique urbaine reste pourtant toujours visible dans l’architecture de cette ville moderne. Bref pour la semaine du 8 mars un safari photo s’impose pour que Meyrin se pare d’images sous licence libre !
Voici la liste de tous les articles publiés récemment par le projet des sans pagEs ! Les relectures sont non seulement extrêmement bienvenues mais recherchées, faites vous un compte pour contribuer car nous recevons beaucoup de sollicitations directes, qu’il n’est pas toujours possible de traiter. Si vous voulez nous aider à corriger, relire et ajouter les sources manquantes dont vous pouvez avoir la connaissance, c’est bien volontiers!
Comment nous aider ?
Nous avons des permanences en ligne qui sont annoncées ici si vous ne savez pas comment faire on vous montrera :AGENDA.
Sinon pinguez nous sur Twitter ou laissez un message sur notre page de discussion ! Pour nous joindre, dans la mesure où nous sommes une collective participative située sur Wikipédia, la meilleure façon de le faire est de venir discuter avec nous là où nous nous trouvons, c’est à dire sur Wikipédia.
Toutes nos activités sont mentionnées dans notre agenda sur la page d’accueil du projet. Vous voulez nous rejoindre? C’est là bas que cela ce passe!
Ezi Magbebor (1999-), joueuse australienne de basket-ball
Dalia Fernández (1990-), reine de beauté et Miss République dominicaine 2011
Lucienne Abraham (1916-1970) plus connue sous le pseudonyme de Michèle Mestre, femme politique trotskyste française
Monique de La Roncière (1916-2002), géographe et conservatrice à la Bibliothèque nationale de France, ayant reçu la Grande médaille d’or de la Société de Géographie
Flora Brovina (1949-), militante des droits humains, poétesse et pédiatre albanaise du Kosovo
Héloïse Duché (1983),féministe française pionnière de la lutte contre le harcèlement de rue, créatrice du collectif « Stop harcèlement de rue »
Barbara Pietrzak (1944-), radio-journaliste et espérantiste polonaise
Marcelle Tiard (1861-1932), espérantiste française, elle fonde et préside plusieurs groupes espérantistes, dont ceux de Nice, de Provence et d’Alger, ainsi que l’Union des femmes espérantistes
Madeleine Foing-Haudebine (1899-1978), espérantiste française et l’une des plus célèbres enseignantes selon la méthode Cseh
Ursula Grattapaglia (1933-), espérantiste brésilienne d’origine allemande co-dirigeant le centre pour enfants Bona Espero
Kazimiera Bujwidowa (1867-1932), féministe et journaliste polonaise fondatrice du premier lycée pour filles de Pologne, elle milite pour l’éducation et le droit de votes des femmes
Aira Kankkunen (1928-2010), infirmière et poétesse espérantophone d’origine finlandaise. Elle développe des méthodes novatrices dans le diagnostic de l’audition et est la première infirmière à soutenir une thèse de médecine à l’université de Göteborg
Irene Fischer (1907-2009), mathématicienne, géodésienne austro-américaine connue pour ses travaux sur le système géodésique mondial et la parallaxe de la Lune
Históricas, documentaire chilien de Javiera Court et Grace Lazcano, sorti en 2021. Le film retrace le parcours de l’équipe du Chili féminine de football jusqu’au mondial 2019. #moisaméricain
Maija Grotell (1899-1973), céramiste finno-américaine.
Douce Dibondo (1993-), journaliste queer afroféministe, co-créateurice du podcast Extimité
Marion Newbigin (1869-1934), géographe et biologiste écossaise, connue pour son livre Animal Geography.
Kate Edwards (1965-), géographe américaine, conseil pour l’industrie du jeu vidéo.
Valérie Gelézeau (1967-), géographe française spécialiste des Corées.
Sylvie Rimbert (1927-), géographe et cartographe française connue pour avoir diffusé les méthodes de cartographie dont la télédétection.
Koubourath Osséni (1947-) femme politique béninoise, Grande Chancelière de la Grande Chancellerie de l’Ordre National du Bénin, ancienne députée à l’assemblée nationale et ancienne ministre.
Elisa Loncón (1963-), universitaire mapuche, linguiste, militante pour les peuples indigènes. Elle est élue présidente de l’Assemblée constituante chilienne le 4 juillet 2021. #moisaméricain
Terry Baum (née en 1946), dramaturge féministe américaine, connue ses pièces de théâtre évoquant l’expérience lesbienne.
Nathalie Bernard (1970-), autrice de littérature jeunesse française.
Midi Achmat, militante lesbienne sud-africaine. Elle participe, aux débuts des années 1990, à la fondation de l’Association des bisexuels, gays et lesbiennes (ABIGALE).
Anna Bartek (1955-), chanteuse et espérantiste hongroise.
Belka Beleva (1927-2012), actrice de théâtre et espérantiste bulgare.
Indécence caractérisée notion juridique héritée des lois britanniques du 19ème siècle #moisdesfiertés
Lepa Mlađenović (1954-), autrice et militante féministe et pacifiste serbe. Elle est, notamment, à l’origine le première association lesbienne du pays.
Nicole Clément (1946-), compositrice et pédagogue française (#moisdescompositrices).
Hélène Gosset (1879-1963), journaliste, militante féministe et pacifiste.
Gülsüm Kav, médecin, écrivaine et militante féministe turque. Elle est l’une des fondatrices d’une organisation de lutte contre les féminicides en Turquie.
Women Artists: 1550-1950 est une exposition d’art dédiée à 83 artistes femmes, organisée par les historiennes de l’art Linda Nochlin et Ann Sutherland Harris.
Märta Stenevi (1976-), ministre de l’Égalite de genre et du Logement suédoise.
Lux Pascal (1992-), actrice chileno-américaine transgenre de théâtre, cinéma et télévision.
Ihsane Haouach, ingénieure et personnalité belgo-marocaine. Elle est nommée, en mai 2021, commissaire du gouvernement auprès l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes.
Lejla Agolli (née en 1950), compositrice albanaise (mois des compositrices).
Helen Eugenia Hagan (1891-1964), compositrice américaine (mois des compositrices).
Jeanne Córdova (1948-2016), journaliste et militante lesbienne américaine. Elle est membre des Daughters of Bilitis et rédactrice en cheffe de The Lesbian Tide.
Jeannine Vanier (née en 1929), organiste et compositrice canadienne (mois des compositrices)
Isabelle Delorme (1900-1991), pianiste et compositrice canadienne (mois des compositrices)
Anna Guarini (1563-1598), musicienne à la cour de Ferrare, assassinée par son mari.
Rosalina Abejo (1922-1991), chef d’orchestre et compositrice philippine (mois des compositrices).
Anne-Christine d’Adesky, journaliste et militante féministe américaine. Elle est une des fondatrices des Lesbian Avengers et une figure importante de la lutte contre le sida.
Hannah Rampton Binfield (1810-1887), compositrice et musicienne anglaise (mois des compositrices).
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